Résumé
- Le concept de transition juste fait référence à l’intégration des principes, des processus et des pratiques de justice sociale et d’équité dans l’action climatique.
- La transition juste doit être définie au niveau local, en fonction des priorités, de la structure économique et du contexte social de chaque pays.
- L’intégration de la transition juste dans les politiques et l’action climatiques nécessite une approche à l'échelle de la société qui rassemble tous les acteurs et parties prenantes clés.
- Une transition juste peut contribuer à créer de nouveaux emplois verts, à promouvoir des solutions locales, à faire progresser le développement durable et à renforcer le soutien public en faveur de l’action climatique.
- Les pays font face à des obstacles dans leurs efforts pour parvenir à une transition juste, allant d’un manque de clarté et de consensus sur ce qu’elle implique à des lacunes en matière de données et à un financement insuffisant.
Qu'est-ce qu'une transition juste ?
Le concept de transition juste fait référence à l'intégration des principes, des processus et des pratiques de justice sociale et d'équité dans l'action climatique. De manière générale, une transition juste peut avoir lieu lorsque les pays passent à des voies de développement à faible émission de carbone et résilientes aux changements climatiques d'une manière qui soit équitable, socialement inclusive et économiquement viable, garantissant que les bénéfices de la transition soient largement partagés tout en minimisant les impacts négatifs sur les travailleurs, les communautés et les groupes vulnérables.
Toutefois, une transition juste doit être définie au niveau local, en fonction des priorités, de la structure économique et du contexte social de chaque pays. Ce que signifie l'équité dans la transition peut donc varier considérablement selon l’endroit. Dans certains pays, cela peut signifier accompagner la transition des mineurs du charbon vers de nouveaux secteurs et maintenir la stabilité des prix de l'électricité pour protéger les groupes vulnérables. Dans d'autres, cela peut consister à protéger les moyens de subsistance ruraux tout en réduisant la déforestation ou en veillant à ce que les nouveaux emplois dans les secteurs verts soient accessibles tant aux femmes qu'aux hommes.
En outre, les considérations relatives à la transition juste ne peuvent être dissociées des questions plus larges liées à la justice climatique mondiale et du principe de responsabilités communes mais différenciées inscrit dans l'Accord de Paris.
Pourquoi le concept de transition juste est-il important ?
La crise climatique est le plus grand défi auquel l'humanité ait jamais été confrontée. Les pays doivent prendre urgemment des mesures ambitieuses et à grande échelle pour éviter les pires conséquences. Or, il y a de profondes implications sociales à la manière dont les gouvernements choisissent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, allant des effets sur les moyens de subsistance, l'emploi, l'éducation et la santé, aux préoccupations liées à la justice sociale, aux droits de l'homme et à l'égalité des sexes.
Bien que l'Accord de Paris fixe un plan d’action clair, il appartient à chaque pays de décider des trajectoires de transition à suivre. Si elle n'est pas bien gérée, la transformation socio-économique découlant de l'action climatique risque d'accroître davantage les inégalités sociales et l'exclusion, et de rendre les entreprises et les marchés moins compétitifs, tout en érodant le soutien public en faveur de l'ambition climatique. En renforçant des trajectoires de transition qui favorisent l'équité et l'inclusivité et qui ne laissent personne de côté, les pays peuvent minimiser ces défis dans leur quête d'un avenir à faible émission de carbone.
Les pays en développement sont confrontés à des défis de transition spécifiques, notamment des contraintes budgétaires, des taux de pauvreté élevés, des filets de sécurité sociale fragiles, des écarts d'accès à l'énergie et une plus grande vulnérabilité aux effets du changement climatique. Alors que les pays développés peuvent subventionner les technologies et les industries vertes, les pays en développement, dont l'accès aux capitaux est limité, risquent d'être exclus des chaînes de valeur émergentes à faible émission de carbone. Cela rend les populations et les économies des pays en développement plus vulnérables aux conséquences négatives potentielles résultant de la transition mondiale vers un développement à faible émission de carbone.
En Serbie, des femmes mineurs font la transition vers de nouveaux emplois verts. Photo : PNUD Serbie
Le changement climatique oblige les petits exploitants agricoles au Zimbabwe à chercher de nouvelles solutions. Photo : Pylaia Chembe / PNUD Zimbabwe
Quels sont les avantages d'une transition juste ?
Alors que les pays du monde entier continuent de mettre à jour et de mettre en œuvre leurs plans climatiques nationaux (CDN - contributions déterminées au niveau national) et leurs stratégies à long terme (LT-LEDS - Stratégies de développement à long terme à faible émission de gaz à effet de serre), l'intégration des principes, processus et pratiques de la transition juste dans leur action climatique peut présenter de multiples avantages :
- Une transition juste aide à rallier l'appui du public. Si les gouvernements parviennent à démontrer les avantages socio-économiques offerts par une transition vers une économie à faible émission de carbone, ils peuvent bâtir une base large de soutien populaire en faveur d'une plus grande ambition climatique, car les citoyens seront plus enclins à appuyer les politiques et investissements associés.
- Une transition juste peut créer de nouveaux emplois verts avec des salaires décents garantis, des protections adéquates en matière de sécurité au travail et des avantages médicaux. Ces emplois de qualité tireront vers le haut les personnes, leurs familles et leurs communautés. Ils contribueront également à attirer la main-d'œuvre requise pour la transformation économique nécessaire.
- Une transition juste pose les bases sociales d'une économie résiliente zéro émission nette. Grâce à une planification transparente et à la participation active d'un large éventail de parties prenantes, les gouvernements peuvent minimiser les oppositions susceptibles de faire échouer l'abandon des combustibles fossiles et d'autres activités nuisibles comme la déforestation et les pratiques de production génératrices de gaspillage.
- Une transition juste peut promouvoir les solutions locales. En engageant les processus de consultation liés à la réalisation d'une transition juste, les pays peuvent mieux comprendre les impacts positifs et négatifs de l'action climatique, puis identifier les solutions les mieux adaptées à leur contexte.
- Une transition juste renforce l'urgence d'efforts concertés pour lutter contre le changement climatique. Les transitions sont souvent déstabilisantes et un effort délibéré est nécessaire pour les rendre gérables. Une stratégie de transition juste aidera les dirigeants à se focaliser sur la tâche urgente d'une décarbonation rapide, tout en s'efforçant à obtenir des résultats équitables et inclusifs.
- Une transition juste permet d'accélérer l'avancement de l'ensemble des Objectifs de développement durable (ODD), en particulier ceux liés à l'égalité des sexes, à l'énergie propre et abordable, au travail décent et à la croissance économique, à la réduction des inégalités, ainsi qu'à la consommation et à la production responsables.
Qui participe à la mise en œuvre d'une transition juste ?
L'intégration de la transition juste dans les politiques et l'action climatiques nécessite une approche à l'échelle de la société qui rassemble tous les acteurs et parties prenantes clés afin de définir une vision commune de la transition vers une économie sobre en carbone. Rendre la transition équitable et inclusive est dans l'intérêt de tous, car cela renforce l'adhésion sociale, protège les moyens de subsistance et rend l'action climatique plus durable et politiquement réalisable.
En tant qu'instances chargées du dialogue social et des processus de consultation, les gouvernements ont la responsabilité première de mettre en place les cadres des politiques et réglementaires nécessaires pour accélérer une action climatique fondée sur une transition juste. Les gouvernements sont également des investisseurs de premier plan — en tant que propriétaires d'entreprises publiques et d'infrastructures — et employeurs des travailleurs du secteur public, qui ont un rôle primordial à jouer pour favoriser une transition juste.
Parallèlement, les entreprises jouent un rôle crucial dans l'identification des risques et l'exploitation des opportunités, contribuant ainsi à la création et au développement de nouveaux marchés et de nouvelles chaînes de valeur. Elles sont également essentielles pour garantir le respect des droits du travail et des droits de l'homme, et pour aider les travailleurs à acquérir de nouvelles compétences vertes.
Les pays en développement sont confrontés à des défis de transition spécifiques, notamment des contraintes budgétaires, des taux de pauvreté élevés, des filets de sécurité sociale fragiles, des écarts d'accès à l'énergie et une plus grande vulnérabilité aux effets du changement climatique. Photo : PNUD Sri Lanka
Les syndicats sont essentiels à la réussite d'une transition juste, en veillant à ce que les besoins des travailleurs soient représentés lors de l'élaboration des plans de transition. Ils veillent également à ce que les emplois verts soient des emplois de qualité, dotés de salaires équitables, d'avantages sociaux et de conditions de travail sûres.
Les universités et les écoles professionnelles produisent les connaissances et forment la main-d'œuvre nécessaire à la transition juste, influençant directement la rapidité avec laquelle les pays peuvent atteindre leurs objectifs climatiques. Les enfants et les jeunes de moins de 30 ans représentant la moitié de la population mondiale, ils ont besoin de compétences pertinentes leur permettant de participer et de s'épanouir dans une économie à faible émission de carbone.
La communauté internationale est une partie prenante clé pour impulser une transition juste à l'échelle mondiale. À travers un processus guidé par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la communauté internationale a progressivement institutionnalisé la transition juste en tant qu'élément central de la gouvernance climatique mondiale. Ces dernières années, le processus est passé d'une large reconnaissance politique à des engagements concrets. Lors de la COP28, la transition juste a été formellement intégrée au processus de négociations climatiques grâce à l'opérationnalisation du Programme de travail sur la transition juste. Ensuite, lors de la COP30, un mécanisme dédié à la transition juste a été établi pour soutenir la coopération, l'assistance technique et le renforcement des capacités pour des trajectoires de transition menées par les pays, indiquant que la transition juste est un levier clé d'une action climatique efficace.
Quels sont les obstacles à la réalisation d'une transition juste et comment pouvons-nous les surmonter ?
Les pays peuvent faire face à un certain nombre d'obstacles dans leurs efforts pour parvenir à une transition juste.
Souvent, on observe un manque de clarté et de consensus quant à ce qu'implique une transition juste dans la pratique. Bien que le concept soit largement approuvé, son interprétation varie d'un pays à l'autre en fonction des structures économiques, des marchés du travail et des priorités de développement. Cela peut conduire à des approches fragmentées, où la transition juste est traitée comme un principe de haut niveau plutôt que d'être traduite en politiques, objectifs et cadres de mise en œuvre concrets.
Il existe également des lacunes importantes dans les données, les preuves et les capacités nationales. De nombreux pays manquent de données fiables sur les bénéfices socio-économiques de l'action climatique, ainsi que d'outils analytiques nécessaires pour évaluer l'impact des différentes politiques sur l'emploi, les revenus et les groupes vulnérables. Parallèlement, des capacités techniques et institutionnelles limitées freinent tant la conception que la mise en œuvre des politiques. Cela inclut la capacité à mener des analyses d'impact et des modélisations, à coordonner les différents secteurs et à aligner les systèmes d'éducation et de formation sur les besoins émergents du marché du travail vert. Ensemble, ces lacunes compliquent la hiérarchisation des interventions, la conception de mesures de soutien ciblées et la garantie d'une mise en œuvre efficace.
Des investissements inadéquats et mal alignés constituent un autre obstacle majeur. Les mesures en matière de transition juste, telles que les programmes de requalification, les mécanismes de protection sociale et les processus de diversification économique régionale, nécessitent des investissements publics soutenus ; pourtant, ces domaines sont souvent sous-financés. Parallèlement, les financements privés et internationaux ont tendance à privilégier les infrastructures d'atténuation, sans accorder une attention suffisante aux dimensions sociales. Cela se traduit souvent par un décalage entre l'ambition et la mise en œuvre.
Un scénario de croissance verte pourrait apporter une plus grande prospérité aux femmes et aux jeunes de la Jamaïque. Photo : PNUD Jamaïque / Talk Up Yout Media
Les mesures d'efficacité énergétique contribuent à protéger les populations vulnérables en Bosnie-Herzégovine. Photo : PNUD en Bosnie-Herzégovine
Comment le PNUD aide-t-il les pays à faire progresser leurs transitions justes ?
Disposant d'un mandat large en matière de développement durable et de réduction de la pauvreté, le PNUD apporte des solutions holistiques aux pays qui cherchent à intégrer les approches d'équité, de justice et de transition juste dans l'action climatique.
Cet appui s'articule autour de cinq points d'entrée principaux :
- la réalisation d'évaluations qualitatives et quantitatives des impacts de la transition ;
- le renforcement du dialogue social et de la concertation des parties prenantes ;
- le renforcement des institutions, des politiques et des capacités techniques ;
- l'élaboration de cadres de mesure, de rapport et de vérification (MRV) ;
- l'accès au financement de la transition.
Grâce à son initiative phare, la Climate Promise, le PNUD aide les pays à établir des liens entre l'action climatique, l'inclusion sociale, l'égalité des sexes et le développement durable. À ce jour, le PNUD a soutenu plus de 72 pays et territoires pour faire progresser la transition juste dans ces domaines.
La Côte d'Ivoire a intégré les principes de transition juste dans son dernier plan climatique national, avec le soutien du PNUD et à l'issue de larges consultations auprès des autorités locales, des jeunes, des femmes, du secteur privé et de la société civile. Reconnaissant que l'action climatique va transformer la production, la consommation et les marchés du travail, un chapitre dédié à la transition juste dans la CDN énonce des principes, des stratégies et des mesures favorisant les mécanismes de dialogue social, l'égalité des sexes et la mise en œuvre territoriale, tout en promouvant les emplois verts, la protection sociale et le renforcement des capacités.
Avec le soutien du PNUD et de l'Organisation internationale du travail (OIT), la Jamaïque a créé un modèle d'évaluation des emplois verts afin d'identifier les impacts sociaux, économiques et sur l'emploi de la transition vers une économie à faible émission de carbone et résiliente au changement climatique. Le modèle a révélé qu'outre les bénéfices liés à la réduction des émissions et de la dépendance aux combustibles fossiles, un scénario de croissance verte pourrait avoir un impact positif sur le PIB, générant jusqu'à 8 000 nouveaux emplois, dont davantage d'opportunités pour les femmes et les jeunes. Ces conclusions peuvent éclairer les décideurs politiques et les assurer que l'intégration des principes de transition juste dans l'action climatique peut favoriser le travail décent, l'inclusion sociale et la croissance économique.
Dans le cadre des efforts de décarbonation de la Bosnie-Herzégovine, le PNUD a contribué à la modernisation des bâtiments publics afin d'accroître l'efficacité énergétique et réduire les émissions, tout en intégrant une approche de transition juste. Le projet a renforcé la gestion de l'énergie dans 7 099 bâtiments publics, créé 8 381 emplois verts et mobilisé plus de 92,5 millions de dollars des États-Unis en cofinancement. En combinant réduction des émissions, emploi inclusif, développement des compétences et retombées économiques ancrées au niveau local, ce travail démontre comment l'action climatique peut soutenir directement une transition équitable et centrée sur le développement.